La rivière Sekonyer : nasiques, calaos et lucioles au fil de l'eau

- Nasiques
- 16 h 30-17 h 30 sur les berges
- Lucioles
- Après le dîner, moteur coupé
- Baignade
- Interdite (crocodiles)
- À prévoir
- Jumelles, lampe rouge si possible
Les orangs-outans volent la vedette, mais la Sekonyer elle-même est un théâtre permanent : singes nasiques vautrés dans les arbres comme des pachas, calaos qui traversent en battant l'air lourdement, yeux de crocodiles au ras de l'eau brune, et la nuit, des arbres entiers qui clignotent de lucioles.
Tout s'observe depuis le pont du klotok, thé à la main. Petit bestiaire horaire de la rivière, pour ne rien manquer.

La faune de la Sekonyer s'observe sur toutes les croisières klotok de Tanjung Puting, du 2 au 4 jours.
01La Sekonyer : artère de Tanjung Puting
La rivière Sekonyer est le fil conducteur de toute croisière dans le parc national de Tanjung Puting. Elle serpente sur une soixantaine de kilomètres à travers la forêt de plaine, les marécages de nipa et la tourbe profonde du sud de Bornéo central. Sans route, sans piste, c'est par l'eau que tout arrive : les chercheurs, les rangers, les villageois et les klotoks chargés de voyageurs.
En amont, la rivière prend le nom de Black River : ses eaux sombres, teintées par les tanins de la tourbe, coulent sous un plafond de végétation si dense que la lumière y pénètre à peine. Ce tronçon, moins fréquenté, abrite une faune particulièrement riche parce que le silence y règne. La Sekonyer est littéralement le système sanguin du parc : elle irrigue les habitats, relie les stations de recherche et conditionne la survie des espèces qui peuplent ses berges.
Dès l'embarquement à Kumai, le spectacle commence. Les palmiers nipa laissent place aux grands arbres de la forêt primaire, les bancs de sable révèlent des traces de varans, et les premières silhouettes de nasiques apparaissent dans les cimes. Chaque méandre promet une découverte, à condition de lever les yeux du téléphone.
02La faune des berges
Les singes nasiques (proboscis) sont les vedettes incontestées de la Sekonyer. Endémiques de Bornéo, reconnaissables à leur nez en trompette et à leur ventre rond, ils rejoignent les arbres surplombant la rivière chaque fin d'après-midi pour y passer la nuit. Les harems se composent d'un mâle dominant, de plusieurs femelles et de leurs petits. Les mâles solitaires rôdent en bandes nerveuses à proximité. Les nasiques nagent remarquablement bien et traversent parfois la rivière sous les yeux du klotok, ventre à flot et nez au vent.
Les macaques à longue queue patrouillent les berges en troupes agitées, fouillant la vase et chapardant tout ce qui traîne sur les pontons. Les gibbons agiles, plus discrets, se repèrent à leur chant matinal qui porte à des kilomètres. Les varans malais, longs de deux mètres parfois, se chauffent sur les troncs immergés. Les crocodiles marins, eux, se montrent plus rarement mais restent bien présents en aval, raison pour laquelle la baignade est strictement interdite.
Du côté des oiseaux, la liste est longue et spectaculaire. Les calaos rhinocéros et les calaos bicornes traversent la rivière en couples, leur vol lourd et bruyant s'entendant avant de se voir. Les martins-chasseurs guettent depuis les branches basses, les aigrettes patientent dans les hauts-fonds, et les aigles pêcheurs patrouillent en cercles. Les passionnés ajouteront le calao à casque rond, espèce menacée par le braconnage de son casque d'ivoire, et les sternes qui ponctuent les bancs de sable en saison sèche.
03La navigation en klotok
Le klotok impose son rythme, et c'est précisément ce qui fait la réussite de l'observation. Ces bateaux de bois à fond plat, longs d'une dizaine de mètres, avancent à la vitesse d'un marcheur rapide : assez pour remonter le courant, assez lentement pour repérer le moindre mouvement sur les berges. On observe depuis le pont supérieur, allongé sur un matelas ou assis dans une chaise longue, jumelles en main et thé posé à côté.
Le cuisinier prépare trois repas par jour dans sa cuisine miniature : poisson grillé, légumes sautés, riz, beignets de banane, fruits frais et café noir à volonté. Le soir, les matelas sont déroulés sur le pont sous les moustiquaires, et le bateau mouille contre la berge. On s'endort bercé par les bruits de la forêt : grenouilles, insectes, et parfois le plongeon sourd d'un crocodile qui glisse à l'eau.
Les arrêts ponctuent la navigation : plateformes de nourrissage des orangs-outans (Tanjung Harapan, Pondok Tanggui, Camp Leakey), sentiers en forêt, villages. Mais le trajet lui-même est un spectacle continu. Les bons capitaines connaissent les arbres à nasiques, les zones à lucioles et les bancs où les crocodiles se chauffent. Ils coupent le moteur à l'approche et laissent le klotok dériver en silence : ces minutes-là valent toutes les plateformes.
04L'itinéraire sur la Sekonyer
Le voyage commence à Kumai, petit port accessible depuis l'aéroport de Pangkalan Bun en vingt minutes. Le klotok remonte d'abord l'estuaire large et ensoleillé, passe le village de Sekonyer (dernier point de ravitaillement, mosquée et école), puis s'enfonce dans le parc national. La rivière se rétrécit, les arbres se referment, et le monde extérieur disparaît.
Les stations se succèdent en amont : Tanjung Harapan d'abord (2-3 h de Kumai), puis Pondok Tanggui, puis Camp Leakey, le point le plus éloigné de l'itinéraire classique. Au-delà de Camp Leakey, la Sekonyer devient la Black River : les eaux s'assombrissent, chargées de tanins de tourbe, la canopée se resserre et la faune se densifie. Les croisières de quatre jours poussent jusqu'à ce tronçon, les trois jours s'arrêtent généralement à Camp Leakey.
Le retour vers Kumai profite du courant et s'effectue plus rapidement, laissant le temps d'observer les berges sous un autre angle de lumière. Certains équipages proposent un détour par les bras secondaires où les palmiers nipa forment des tunnels végétaux : un dernier cadeau de la rivière avant le retour au port.
05Conseils d'observation
Les jumelles sont l'investissement numéro un : une paire 8x42 ou 10x42 transforme chaque trajet en safari. Les nasiques se tiennent souvent à vingt ou trente mètres dans les cimes, et les calaos passent haut. Sans optique, on rate la moitié du spectacle.
Les meilleurs créneaux sont le lever du soleil (gibbons chanteurs, oiseaux actifs, brume sur la rivière) et la fin d'après-midi (nasiques, lumière dorée, premiers crocodiles). En milieu de journée, la chaleur écrase tout et la faune se planque : c'est le moment de la sieste sur le pont ou de la lecture dans le hamac, en toute bonne conscience.
Le soir, demandez la sortie lucioles dès le premier jour. Après le dîner, le capitaine amène le klotok le long de certains arbres des berges où des colonies de lucioles pulsent en silence, parfois de façon quasi synchronisée. L'effet est saisissant : des guirlandes vivantes qui clignotent dans l'obscurité totale. Condition impérative : éteindre toutes les lampes et les écrans à bord, la moindre lumière parasite rompt le spectacle. Pour la photo, un trépied léger et une longue exposition feront mieux que n'importe quel flash.
FAQ · Kalimantan
Questions fréquentes : La rivière Sekonyer : nasiques, calaos et lucioles au fil de l'eau
Quelle faune peut-on observer sur la Sekonyer ?+
La liste est longue : singes nasiques (endémiques de Bornéo), macaques à longue queue, gibbons agiles, varans malais, crocodiles marins, calaos rhinocéros et bicornes, martins-chasseurs, aigles pêcheurs, aigrettes, et la nuit des colonies de lucioles synchronisées. Les orangs-outans se voient sur les plateformes de nourrissage le long de la rivière.
Quand voir les lucioles sur la Sekonyer ?+
Après le dîner, quand l'obscurité est totale. Le capitaine amène le klotok le long de certains arbres des berges où les colonies pulsent en silence. Le spectacle dépend des mouillages : demandez-le à votre guide dès le premier soir et éteignez toutes les lumières à bord pour en profiter pleinement.
Qu'est-ce que la Black River ?+
C'est le nom donné au tronçon amont de la Sekonyer, au-delà de Camp Leakey. Les eaux y sont sombres, teintées par les tanins de la tourbe. La végétation se referme en tunnel et la faune y est particulièrement dense. Les croisières de quatre jours y accèdent, les formules plus courtes s'arrêtent généralement à Camp Leakey.
La navigation sur la Sekonyer est-elle sûre ?+
Oui. Les klotoks naviguent lentement, les capitaines connaissent la rivière par coeur et les eaux sont calmes. Le seul danger réel concerne la baignade, strictement interdite à cause des crocodiles marins. À bord et sur les pontons, aucun risque : les crocodiles évitent les embarcations.

